Ironie et roman sentimental

Mmes Polier de Bottens et de Montolieu à l’aune de Sense and Sensibility de Jane Austen et A Vindication of the Rights of Woman de Mary Wollstonecraft

Actualisé le dimanche 25 septembre 2011

par Roxane Thébault - réalisé dans le cadre des recherches de master - 2010-2011

Isabelle de Montolieu (1751-1832) et Jeanne-Françoise Polier de Bottens (1759-1839) sont toutes deux des auteurs suisses, lausannoises, sœurs de surcroît et spécialisées dans le genre sentimental. Ce genre, très en vogue au XVIIIe siècle, fut introduit dans sa forme initiale par les auteurs anglais, notamment par Richardson (Clarissa Harlowe, Pamela), puis repris par Rousseau pour sa Nouvelle Héloïse. On peut identifier deux courants différents au sein de ce genre : le roman sentimental, modelé sur Clarissa, et qui fonctionne selon un rapport d’identification aux personnages, et le roman sensible, qui s’inspire du Man of feeling de Mackenzie (1771) et qui propose une distance critique par rapport au texte. Le terme « sentimental », néologisme crée à la suite du roman de Sterne, A sentimental journey (1770), qui ironise sur le thème de la sentimentalité, prend une acception négative dans la mesure où il désigne un excès de sensibilité et de sentiment.

Nous nous intéresserons dans cette étude à la manière dont ces romans relevant du genre sentimental traitent des stratégies matrimoniales et instaurent un schéma dialectique entre raison et sentiment. Tout l’enjeu de ces romans tourne en effet autour du mariage, et de l’accord entre ce que la raison commande de faire en cette matière, et entre ce que le cœur prescrit. Isabelle de Montolieu et Jeanne-Françoise Polier de Bottens abordent toutes deux de manière très dissemblable cette question, et nous verrons comment elles subissent ou non l’influence anglaise, décisive, de deux femmes prenant le sujet à bras le corps : il s’agit de Jane Austen, avec Sense and Sensibility, et de Mary Wollstonecraft, avec A Vindication of the Rights of Women. L’ère de l’ironie advient en effet dans le roman sentimental grâce à l’influence de ces deux écrivaines, qui prônent une éthique du « sense ».

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